Histoire de la guitare

Un article de Unplugged Cafe.

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S'il ne fallait choisir qu'un instrument? Ce serait certainement elle: La guitare... Cet instrument privilégié, cet objet de désir maltraité, malmené par les mains agressives des guitaristes qui semblent tant lui en vouloir. Car comment lui résister? La guitare est l'incarnation bis de la femme. Objet érotique par excellence; adorée au point d'être habillée de mille formes et couleurs, caressée pour ses formes rondes et généreuses, admirée pour sa voix cristalline capable d'un ronronnement comme d'un hurlement à vous faire hérisser les poils. Non, personne... Personne ne refusera de goûter à la griserie que procure ce son unique et inépuisable. Et pourtant, l'histoire de cet instrument de prédilection, de ses débuts à aujourd'hui, est semée d'embûches.

Sommaire

Les ancêtres lointains de la guitare

Les toutes premières traces de ce qui ressemble à une guitare remontent au XXXVIIIè siècle av JC. On a en effet trouvé, dans la tombe d'un roi égyptien, un bas-relief représentant un homme agenouillé avec dans ses mains un instrument à cordes et à manche que les Égyptiens nommaient kithara. Ce terme, également utilisé par les Grecs, provient vraisemblablement du vieux persan ki-tar qui signifie "trois cordes". Ce qui prouve que les premiers modèles de "guitare" ne possédaient que trois cordes. On remarque d'ailleurs que malgré un nom identique, la "guitare" grecque possédait sept cordes. Il est en tout cas à présent établi que l'usage de la "guitare" était courant dans tout le bassin méditerranéen et qu'il y eut même des réunions de "guitaristes". On sait aussi qu'il était proscrit d'ajouter une corde à l'instrument car cela aurait gâché son esthétique, considérée comme parfaite. A partir du VIe siècle, on trouve un autre ancêtre de la guitare, au pays de Galles. Sous le nom de "crwth" se cache en fait un instrument à mi-chemin entre la lyre et la guitare. Sous la forme d'une lyre, le "crwth" possédait une caisse de résonance, un manche et six cordes. Pour la petite histoire, le roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, (XIIè s.) participa à divers concours de crwth avec des troubadours de Provence.

D'après les historiens, la guitare fut massivement adoptée par les troubadours du duché d’Aquitaine vers le XIe siècle. Sous le règne du duc Guillaume IX (1071-1127), on comptait plusieurs centaines de modèles d’instruments, mélanges de harpes, de luths et de guitares. En 1209, lorsque le duché fut démantelé, les musiciens se dispersèrent dans toute l'Europe; en Angleterre où on la retrouva avec ses 4 cordes sous le nom de "gittern", mais aussi en Espagne. Ainsi, au XIIIè siècle; sous le règne d’Alphonse X le Sage, roi de León et de Castille, des artistes Français émigrés composèrent des centaines de chansons à la gloire de la Vierge Marie: les "Cantigas de Santa María". C’est dans l’une de ces chantefables que l’on retrouve deux instruments: la "guitarra latina" et la "guitarra morisca", toujours aux formes proches du luth.

Origines modernes et rôle dans la société

L'histoire attestée de la guitare commence véritablement au XVè siècle en Espagne. Un nom est resté gravé comme le tout premier guitariste; en 1414: Juan de Palencia. Popularisée en Espagne après l'arrivée des Français, la guitare ne cessera d'y être améliorée. Au XVIè s, les Espagnols lui ajoutent une cinquième double corde et créent la guitare à dos plat, beaucoup plus facile à fabriquer. On attribue cette innovation à Vicente Espinel, même si cela est inexact dans les faits. Ces deux transformations majeures lui vaudront le qualificatif de "guitare espagnole" à partir de la seconde moitié du XVIIè siècle. L’instrument, désormais noble, s'appelle alors "vihuela" et s'oppose à la simple "guitare" utilisée par le peuple. La guitare devient un instrument populaire tandis que la vihuela est réservée à une certaine élite. Pourtant, extérieurement, la guitare n'est qu'une vihuela à laquelle on a enlevé deux paires de cordes.

Parallèlement à ces changements esthétiques, la littérature s'intéresse à la guitare. En 1535, un certain Don Luys Milán, gentilhomme attaché à la cour du roi du Portugal, publie sous le titre d’El Maestro un recueil de musique contenant des pièces instrumentales où la vihuela tient une place importante. Cet ouvrage est considéré comme le premier monument de la littérature consacrée à la guitare.

Une autre date importante dans l'histoire de la guitare est l'année 1596. Cette année marque en effet la publication de la toute première méthode de guitare dans laquelle il est expliqué comment accompagner les chants. On doit cet écrit à Joan Carlos Amat, un médecin espagnol qui a constaté les bienfaits de la guitare sur ses malades.

Mais la grande révolution technique a lieu au XVIIè s, et cela avant tout grâce à un homme, Francesco Corbetta qui perfectionne considérablement la manière de jouer au point d'être invité à la Cour du roi-soleil puis d'Angleterre. La guitare devient européenne et les traités consacrés à la guitare se succèdent, faisant le va-et-vient entre la France et l'Espagne.

Évolution culturelle

Au début du XVIIIè s, l'usage de la guitare est dédaigné en France. Elle est renvoyée au rang d'instrument pauvre et tout écrit à son sujet devient inutile. Malgré tout, son proche parent, le luth, demeure très prisé en Allemagne. C'est pourquoi on trouve tout de même à cette époque une cinquantaine de méthodes de guitare. Paradoxalement, alors que l'instrument suscite peu d'intérêt, sa forme évolue, s’affinant, creusant sa caisse de plus en plus incurvée. La seconde moitié du XVIIIè voit même l'ajout d'une sixième double corde. Enfin, toujours dans un souci de simplification, on supprime finalement les doubles cordes, passant ainsi à une guitare à 6 cordes. De nouveau, la guitare revient à la mode à la fin du siècle, et cela avant tout sous l'impulsion du guitariste espagnol Miguel Garcia.

Au début du XIXè siècle, la France redevient la principale nation de la guitare, attirant des guitaristes de toute l'Europe. Ce siècle qu'on considère d'ailleurs comme celui des virtuoses, est celui où la technique de l’instrument évolue le plus. Deux noms animent le monde de la guitare: l'italien Mauro Giuliani à qui l'on doit les premiers concertos pour guitare et orchestre joués en public, et l'espagnol Fernando Sor que l'on considère comme le plus grand guitariste du XIXè siècle.

Malheureusement, devenue plus technique qu'artistique, la guitare est de nouveau abandonnée en Europe à partir de 1840. Seuls les Andalous l'utilisent encore pour leur chansons populaires. Les dernières transformations restent sans effet. Jusqu'à ce qu'un menuisier andalou, Antonio Torres Jurado, comprenne que la guitare n'est plus adaptée à son époque. Il développe alors un nouveau modèle de guitare pour les joueurs de flamenco. C'est cet homme qui trouve les proportions définitives de l'instrument et impose de nouvelles théories. Il constate ainsi qu'en fabriquant une table d’harmonie en sapin, l'acoustique s'en trouve grandement améliorée.

Le renouveau de la guitare

A partir de la fin du XIXè siècle, la guitare revient au premier plan et pénètre même le nouveau continent, grâce à de nombreux artistes entièrement dévoués à leur instrument. C'est le cas de l'Espagnol Francisco Tárrega (1852-) qui après avoir étudié le piano et l’harmonie n'aura de cesse de faire évoluer la guitare hors des limites du flamenco, transcrivant même certains morceaux classiques de Bach, Mozart ou Beethoven.

Un autre grand guitariste du siècle est certainement Andrés Segovia (1893-1987) qui réussit à hisser la guitare au rang des indétrônables piano et violon. Segovia sut attirer le grand public dans les salles de concert du monde entier et accéléra la création de classes de guitare dans les conservatoires. Il reste aussi le premier guitariste à avoir fait écrire des morceaux originaux par des compositeurs non guitaristes. Dès lors, le renouveau artistique de la guitare était lancé. Jouer de la guitare était redevenu un art noble pour lequel les compositeurs de tout bord se bousculaient. L'essor de la guitare, en particulier flamenco, au niveau mondial allait révéler quelques virtuoses espagnols comme Paco De Lucia (né en 1947) qui après un début de carrière en Espagne a rapidement explosé ailleurs en particulier grâce aux réunions avec John McLaughlin et Al Di Meola.

A côté de ce renouveau artistique, quelques évolutions techniques, encore en vigueur aujourd'hui, font leur apparition. Ainsi, dès 1940, la corde en boyau cède sa place à la corde en nylon, plus résistante, au son plus clair et surtout plus long. Il faut noter qu'aux États-Unis, la corde en métal est préférée à celle en nylon.

Popularisée et standardisée, la guitare ne se limite plus au seul flamenco. Elle accompagne désormais les jazz-bands, les bluesmen et les premiers chanteurs de rock. Un Français, le jazzman Django Reinhardt (1910-1953), marque la première moitié du XXè siècle par son célèbre jeu sur une seule corde. Django reste encore aujourd'hui une source d'inspiration pour les guitaristes de tout bord. Enfin, dans les 60's, les guitares acoustiques de douze cordes, cette fois métalliques, font leur grand retour, même si les bluesmen du Delta les utilisaient dès le début du XXè siècle.

L'explosion de la guitare électrique

La dernière révolution de la guitare a lieu au début du XXè siècle. Il s'agit bien sûr de la guitare électrique dont les premiers prototypes apparaissent aux Etats-Unis dans les années 30. On distingue à présent deux types de guitare à six ou douze cordes: l'électrique et l'acoustique, communèment appelée guitare sèche. Mais il faut attendre les 40's pour voir la guitare électrique s'imposer. Et cela grâce à un homme: Les Paul. Inventeur guitariste, il crée la première guitare à caisse pleine (solid-body) en 1946 et sort en collaboration avec Ted Mac Carty, le patron Gibson, la première "Les Paul" équipée de micros sustaining en 1952.

La guitare dont le son provenait auparavant d'une caisse creuse possède désormais une caisse pleine. Le son ne sort donc plus directement de la guitare mais passe par un processus d'électrification/amplification du son. Dès lors, la guitare peut jouer des sons jusqu'alors inimaginables et peut même revêtir les formes les plus diverses (cf la galerie de guitares). Mais ce bouleversement technique entraîne également une évolution artistique puisque la guitare électrique bouleverse massivement le blues dès les 50's (Chicago blues), puis le jazz et le rock qui sont les prolongements du blues.

Les Paul, qui a "co"-créé sa guitare culte (éponyme) reste aussi l'initiateur de bon nombre d'effets qui vont multiplier les configurations sonores, comme le feedback, la reverb ou le delay. Durant les 50's, parallèlement à la célèbre Les Paul, d'autres marques sortent différents modèles de guitare, dont la célébrissime Fender Stratocaster en 1954 qui se caractérise par un corps en aulne et par un vibrato inventé par Leo Fender. A partir des 60's, les différents genres musicaux commencent à se préciser. Le rock'n'roll utilise la guitare à des fins de solos qui rythment les refrains. Les pédales d'effets sont de plus en plus utilisées, à l'instar de la célèbre wah wah. Le rock et ses dérivés explorent encore plus loin les possibilités techniques de l'instrument, en particulier le rock instrumental. Ainsi, certains guitaristes comme Edward Van Halen ou Jeff Beck apparaissent comme des précurseurs au même titre que Les Paul. Le premier étant l'inventeur du tapping (1978), aujourd'hui banalisé par le heavy metal; le second étant reconnu pour l'utilisation d'effets novateurs comme la célèbre talk-box.

En l'an 2000, on a déjà tout fait avec cette guitare et tout dit à son sujet. Quelles évolutions nous réserve-t-elle encore? Tel est son secret. C'est bien pour cela qu'on l'aime. Elle est imprévisible et sait flatter immédiatement les cages à miel du mélomane, et cela depuis des siècles.

--Cédric


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