Robert Johnson

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En bref

  • Guitariste, chanteur, auteur, compositeur américain
  • 1911-1938
  • Guitare préférée: Gibson L-1

Biographie

Robert Leroy Dodds naît le 8 mai 1911 à Hazlehurst dans l'Etat du Mississippi. Petit-fils d'esclaves, il est aussi l'enfant né hors-mariage d'une liaison entre Julia Ann Dodds (née Majors), mère de 11 enfants, et Noah Johnson, un métayer de passage.

Deux ans plus tôt, le mari de sa mère, Charles Dodds, a du quitter précipitamment le foyer et fuire seul la ville. Pour avoir blessé le fils des Marchetti, une riche famille de blancs, Dodds risquait en effet le lynchage. Le petit Robert sera conçu durant cette parenthèse.

Alors que Robert n'a que 3 ans, sa mère est expulsée par les Marchetti, rancuniers. Elle part retrouver son mari à Memphis, dans le Tennessee. Celui-ci se fait désormais appeler Charles Spencer et vit avec sa maîtresse et leurs deux enfants. Le petit Robert devient Robert Spencer. Mais Charles maltraite l'enfant qu'il ne supporte pas. Sa mère, Julia, finira par quitter le foyer mais en laissant son petit garçon. Exilée près de Robinsonville, au sud de Memphis, elle fait la rencontre de Willie "Dusty" Willis qu'elle épouse en octobre 1916. Le petit Robert, resté chez son beau-père, en est chassé alors qu'il n'a que 5 ans. Il rejoint alors sa mère et son nouveau beau-père.

Il y passe une adolescence paisible. Mais à l'âge de 16 ans, il quitte l'école pour problèmes de vue. Sa demi-soeur, Carrie, lui aurait offert une paire de lunettes, mais il ne les porte pas. A la même époque, sa mère lui révèle l'existence de son père biologique. C'est à partir de là qu'il adoptera son nom paternel: Robert Johnson.

Déscolarisé, Robert gagne son pain en travaillant dans les champs mais il rêve d'une carrière dans la musique. Il découvre la guimbarde, puis la guitare et l'harmonica qu'il ne lâchera plus. Il se fabrique un support à harmonica pour pouvoir en jouer en même temps que la guitare et s'entraîne sur How Long-How Long Blues de Leroy Carr. A 18 ans, il rencontre Charlie Patton (le père du Delta-Blues) et Son House à la Dockery Plantation. Mais ce dernier dénigre le jeu de guitare de l'apprenti bluesman et lui recommande de concentrer ses efforts sur l'harmonica. Robert a la tête ailleurs.

En février 1929, il épouse Virginia Travis à Penton, dans l'Etat du Mississippi. Le couple emménage dans une maison située sur la plantation de Kline, près de Robinsonville. Durant l'été, Virginia tombe enceinte mais décède avec son bébé au moment de l'accouchement, le 19 avril 1930. Elle n'a que 16 ans.

Quelques mois plus tard, Robert s'entraîne auprès de Willie Brown, une connaissance de longue date. Mais il pense toujours à son père. Il quitte Robinsonville pour Hazlehurst avec l'espoir de l'y retrouver. Il y trouvera celle qui deviendra sa deuxième femme: Calletta Craft. En 1931, il épouse "Callie" dans le plus grand secret, probablement pour ne pas briser le coeur de ses nombreuses maîtresses. Surtout, il rencontre Ike Zinnermann qui deviendra son maître ès blues. A force de travail, le dénommé R.L. Johnson multiplie les rencontres et les concerts du samedi soir jusqu'à devenir une figure locale. Après deux ans, il retourne pourtant à Robinsonville. Son jeu s'est beaucoup amélioré et il force désormais le respect de Son House.

C'est de là que va naître la légende selon laquelle Robert Johnson aurait pactisé avec le diable. Légende courante à une époque et un endroit où le vaudou fait partie du quotidien. En marketeur avant l'heure, il va s'inventer une histoire pour se bâtir une réputation qui, in fine, contribuera à sa légende. Un soir, il racontera à plusieurs amis s'être perdu à un carrefour en pleine pénombre, la nuit tombante, alors qu'il se promenait dans les alentours de Clarksdale. Après s'être posé et endormi, il se réveillera, son visage balayé par une brise fraîche, et verra, au dessus de lui, une ombre immense avec un long chapeau. Robert, tétanisé par la peur, ne pourra que regarder l'ombre saisir sa guitare, l'accorder et en jouer. Cette ombre lui rendra sa guitare avant de disparaître comme elle était apparue.

Robert sait, au fond de lui-même, qu'il ne désire pas finir paysan. Il enchaîne les scènes du Delta et du Tennessee avec sa guitare et son harmonica. Dans ses nombreux déplacements, il s'arrête un peu plus souvent à Helena où il croise le fer avec d'autres bluesmen: Sonny Boy Williamson II, Robert Nighthawk, Elmore James, Howlin' Wolf mais surtout avec Johnny Shines qui dira de Robert:

"Nous étions sur la route des jours et des jours, sans argent et parfois sans nourriture, cherchant un endroit décent pour passer la nuit. On jouait dans des rues poussièreuses et des bars crasseux, et tandis que j'étais à bout de souffle et me voyais vivre comme un chien, il y avait Robert tout propre comme s'il sortait d'une église le dimanche!"

A Helena, il donne également quelques leçons de guitare à un certain Robert Lockwood Jr. qui est aussi le fils de sa maîtresse favorite, Estella Coleman.

A 25 ans, Johnson a presque atteint son objectif: être musicien professionnel. Fort d'une célébrité locale, il veut enregistrer son premier disque. Il passe une audition chez H. C. Speir, un disquaire local qui travaille aussi pour American Record Company. Speir, tête en l'air, ne conserve que le nom et l'adresse de Robert avant de les transmettre à Ernie Oertle d'American Record Company. Robert devra passer une seconde audition avant de décrocher le droit d'enregistrer à San Antonio.

Sa première session, supervisée par Don Law, a lieu en novembre 1936. Son single Terraplane Blues est un succès, s'écoulant à près de 500 exemplaires. En juin 1937, Don Law le rappelle au Texas pour une 2ème session. Mais le succès n'est plus au rendez-vous et Robert ne reviendra plus en studio. En deux sessions, il aura enregistré 29 chansons sur 41 prises.

Le 16 août 1938, il décède à Three Forks. La légende largement véhiculée par ses amis bluesmen affirme qu'il a bu une bouteille de whisky empoisonnée dans un juke-joint, trois jours plus tôt. Empoisonné par un mari jaloux qui pourrait être le patron du magasin d'où vient la bouteille ou encore le patron du bar. D'autres pensent qu'il est mort de la syphilis qui, couplée à une grande consommation d'alccol et au poison a pu provoquer son agonie et une rupture d'anévrisme.

Considéré comme le roi du Delta blues, Robert Johnson est le premier bluesman à avoir réellement imbriqué le chant et la guitare sur des tempos différents. Avec seulement 29 titres, il est considéré comme une icone du genre mais aussi comme le grand-père du rock'n'roll. Nombreux sont ses admirateurs, de Jimmy Page à Keith Richards, de Bob Dylan à Eric Clapton qui a récemment rendu hommage au maître.

--Cédric 31 juillet 2006 à 12:50 (CEST)

Multimédia


Documentaire autour de Robert Johnson avec comme fond sonore Can't You Hear the Wind Howl extrait de Robert Johnson: The Complete Recordings

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